Le train sifflera trois fois
Un matin de juin 1875 dans l'Etat de New Mexico, à peine marié, le shérif Will Kane apprend que Frank Miller, un homme qu'il fait condamner cinq ans plus tôt, arrivera en ville avec des renforts pour se venger, par le train de midi. Le sens du devoir l'emportant sur sa démission qu'il avait l'intention de donner, Jane espère cependant que les concitoyens prennent les armes avec lui. Aucun ne le suit. Bien que le combat s'annonce perdu d'avance, le shérif se dresse contre les bandits...
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_L'histoire d'un homme trop fier pour s'enfuir_
Un matin de juin 1875 dans l'État de New Mexico. À 10.30, dans la petite bourgade de Hadleyville, le Marshall Will Kane (Gary Cooper) vient de passer l’alliance au doigt d’une jeune et jolie Quaker, Amy (Grace Kelly). Alors qu'au grand soulagement de son épouse non-violente (Grace Kelly), il doit raccrocher ses armes et rendre son insigne étoilée le soir même, Will apprend l’imminent retour en ville de Frank Miller (Ian McDonald), un bandit qu’il avait jadis arrêté et envoyé en prison pour cinq ans. Miller est en route pour Hadleyville avec la ferme intention de régler son compte à celui qui l'a conduit sous les verrous. Il doit d’ailleurs arriver par le train de midi tapante (High Noon) et trois de ses complices viennent l'attendre à la gare pour le soutenir dans sa vengeance. Alors qu'ils s'étaient néanmoins décidés à quitter Hadleyville pour ouvrir une boutique dans une bourgade voisine, le couple Kane fait demi-tour, Will ne pensant pas pouvoir commencer une nouvelle vie sans s'être débarrassé de celui dont il pense qu'il le retrouvera où qu'il aille. Malgré les supplications de sa jeune épouse, Kane est déterminé à attendre de pied ferme Miller et ses complices. Il s'emploie à recruter des hommes auprès des habitants de la ville. Mais, l'un après l'autre, chacun d'entre eux a une bonne excuse pour se dérober et refuser de lui venir en aide. C’est donc seul qu’il devra livrer le combat face aux quatre hommes. La tension et le danger s'accroissent de minute en minute...
• **Sur le film** : S’il est une chose que nous ne pouvons pas enlever au « Train sifflera trois fois », c’est d’avoir en quelque sorte adoubé le genre auquel il fait partie auprès des critiques et des spectateurs du monde entier qui, pour la plupart, se sont extasiés à son propos. Un concours de circonstances (le film est arrivé à un moment propice où le climat de suspicion régnait à l’époque) pour au final un Western à l’inhabituelle notoriété, excepté en France où beaucoup firent au départ la fine bouche avant de suivre le mouvement. « La Chevauchée fantastique (Stagecoach) » (1939) avait amorcé la pompe de la reconnaissance mais c’est bien le film de Fred Zinnemann qui aura entériné la chose, donnant une légitimité définitive au Western, considéré depuis comme un genre pouvant prétendre être aussi adulte et sérieux que les autres (les années suivantes allant enfoncer le clou). En ce sens il mérite effectivement la place qui est la sienne, d’une importance capitale dans l’histoire du Western et du cinéma. Que les amoureux du film se rassurent, la seule incursion de Zinnemann au sein du genre n’aura pas à pâtir de mon ressenti très négatif à son encontre puisque dans l’ensemble il a fait et fera encore le consensus autour de lui, et restera toujours l'un des Westerns américains les plus renommés qui soit. D’ailleurs, il est dit qu’il s’agirait aussi du Western américain classique préféré de ceux qui n’apprécient pas forcément le genre.
En 1969, lors d’un entretien avec Bertrand Tavernier pour le N°102 de « Positif », Carl Foreman décrivait ainsi la genèse de son scénario pour « High Noon » : « Au début, quand j'ai écrit le scénario, je voulais en faire une parabole sur l'ONU. Mais tout à coup, la menace de la Commission des Activités Anti-américaines s'est précisée. Ils se dirigeaient vers Hollywood [ ...] Et la peur a commencé à grandir, une peur insidieuse qui envahit peu à peu toute la ville. J'ai décidé alors de changer d'optique et d'écrire une parabole sur Hollywood et la maccarthysme. Pendant la fabrication du film, je reçus un petit papier rose me convoquant devant la commission et je me suis trouvé rapidement dans la situation de Gary Cooper. Mes amis m'évitaient. Quand je voulais voir quelqu'un, il n'était pas là... je n'ai plus eu qu'à transposer certains dialogues dans un cadre de Western pour obtenir « High Noon ». »
C’est tout à son honneur d’avoir voulu écrire un salutaire et virulent pamphlet contre la chasse aux sorcières qui sévissait alors, contre la lâcheté d'une partie de ses concitoyens et amis. Foreman était d’ailleurs tellement motivé par son sujet qu’il voulait même au départ le réaliser mais le studio refusa. Il offrit alors le bébé à son ami Richard Fleischer qui dut décliner pour cause de préparation d’un film qu’il allait tourner pour les studios Disney et qui ne serait autre que « 20.000 lieues sous les mers avec Kirk Douglas (20,000 Leagues Under the Sea) » (1954). Gregory Peck refusa de son côté d’endosser la défroque de Kane prétextant avoir déjà tenu un rôle semblable dans « La Cible humaine (The Gunfighter) » (1950) d'Henry King ; il eut peut-être plutôt peur d’un deuxième bide de la même ampleur, « High Noon » devant être lui aussi un Western psychologique à petit budget. Ce fut donc à Gary Cooper qui elme rôle fut proposé, qui aima le personnage au point d’accepter de n’être payé que le quart de son salaire habituel. Anecdote amusante : l'acteur n’aurait jamais vu dans ce film l'allégorie politique qu’il était censé être. Il faut dire à sa décharge qu’il n’y a pas besoin de s’en rendre compte pour apprécier ou non le film, l'histoire pouvant parfaitement bien fonctionner au premier degré.
Quoi qu'il en soit c’est donc à Fred Zinnemann qu’échut la réalisation le film. Le cas de ce réalisateur m’est un peu curieux. Paradoxalement, ce sont ses deux films les plus célèbres que je trouve les moins intéressants et les moins réussis (outre « High Noon », l'insipide « Tant qu’il y aura des hommes (From Here to Eternity) » (1953)), alors que parmi ses films moins connus se cachent de petites pépites telles « La Septième Croix (The Seventh Cross) » (1944) ou encore « Acte de violence (Act of violence) » (1949), ce dernier déjà écrit par Carl Foreman, scénariste qui ensuite ne fera plus grand-chose de bon, ces derniers travaux étant même assez désastreux. Souvenons-nous de ceux réalisés par Jack Lee Thompson : « Les Canons de Navarone (The Guns of Navarone) » (1961) ou, pire encore, « L’Or de MacKenna (Mackenna's Gold) » (1969).
Pour en revenir au film qui nous intéresse, qu'il s'agisse de Fred Zinnemann ou de Carl Foreman, les deux auteurs sont autant fautifs l'un que l'autre pour ce qui est de la très mauvaise impression que leur film m'a faite. Dans tous les points positifs pointés ici et là, je n’y vois au contraire que des défauts. Il ne faudrait pas le surévaluer à coups de faux arguments comme l'a fait Leonard Maltin par exemple. Quels étaient-ils quand il affirmait que « High Noon » se démarquait complètement des Westerns de l'époque ?
**1** • Le héros admet avoir peur.
Des héros de Westerns admettant avoir peur : soit, il n'y en eut peut-être pas encore énormément avant Will Kane mais au moins un célébrissime quand même, le soldat joué par Audie Murphy dans The Red Badge of Courage de John Huston (d'ailleurs à propos de la modernité de la réalisation, sans cesse mise en avant lorsqu'est évoqué High Noon comparativement à celle de l'oeuvre de Huston, celle du film de Zinnemann ne lui arrive pas à la cheville). Mais quelques mois avant High Noon, il y eut aussi Rod Cameron dans Fort Osage, sauf que cette série B n'a dû être vue que par quelques aficionados et que son acteur principal n'était pas forcément une grande star.
**2** • Le film ne comporte que très peu de scènes d’action.
Des Westerns avec aussi peu de scènes d'action, il y en a déjà eu avant lui à la pelle également ; sortir cet argument relève à mon sens d'une certaine méconnaissance du genre. Et d'ailleurs, il n'en fallait pas plus dans High Noon car les deux séquences que nous y trouvons sont loin d'être enthousiasmantes techniquement parlant, et notamment le combat à poings nus mis en scène sans vigueur ni génie. A sa vision, je m'étonne encore que beaucoup parlent de réalisation parfaite (André de Toth pouvant le confirmer, lui qui a filmé des scènes de ce style avec autrement plus de punch et de vitalité).
**3** • Tourné en noir et blanc, ce qui était rarissime en 1952.
Que « High Noon » soit tourné en noir et blanc relève plus d'une question de restriction budgétaire qu'autre chose ; et d'ailleurs nous pourrions trouver également maints autres exemples de Westerns en noir et blanc datant de ces années ; ce qui ne veut absolument rien dire quant à la qualité ou non d'un film.
**4** • Une bande-son dépouillée (sic !).
Le pompon va néanmoins à la bande-son « dépouillée » alors que la musique assez pénible de Dimitri Tiomkin (et je ne parle pas seulement de la répétition jusqu'à plus soif du thème de la chanson de Ned Washington, « Do not forsake me, oh my darling ») est omniprésente et même totalement envahissante. Cette mini démonstration pour illustrer que rien que par rapport à Maltin, nous pouvons très facilement contrer ses quatre arguments. Mais élargissons un peu le sujet !
Nous le savons, les bonnes intentions n'impliquent pas forcément les bons films. Trop préoccupés par leur volonté de démonstration, les auteurs en ont oublié de donner chair et sang à leurs personnages. Pire encore, de donner tout simplement de la vie à leur film qui s’en trouve du coup totalement dépourvu. La direction d'acteurs est la première blâmable : malgré un casting quatre étoiles, hormis Gary Cooper qui porte le film sur ses épaules, nous avons le sentiment de voir un défilé de marionnettes qui viennent faire leur tour et s'en vont, tous les seconds rôles déclamant leurs dialogues avec théâtralité et force grimaces quand ils ne se révèlent pas au contraire tout bonnement transparents. Grace Kelly, comme à son habitude : sois belle et ne fais rien d'autre. Une poupée qui fait ce qu'elle peut pour nous faire vibrer au milieu de pantins inertes ou au contraire se démenant comme de beaux diables pour un résultat peu convaincant.
La mise en scène proprement dite a aussi sa part de responsabilité. Sur le plan du style, « High Noon » apparaît très bancal : il donne l'apparence d'avoir été réalisé par deux cinéastes, comme si Joseph Kane et Samuel Fuller avaient filmé simultanément une scène sur deux. Ce qui lui donne un aspect très mal équilibré, peu harmonieux, le film passant continuellement de séquences d'une platitude absolue à des plans ou des idées de mise en scène effectivement très modernes mais qui semblent venir comme un cheveu sur la soupe et paraissant du coup totalement artificiels. Soit il aurait fallu être austère et rigoureux de bout en bout comme avait su si bien le faire William Wellman avec « L'Étrange Incident (The Ox-Bow Incident) » (1943), Western au moins aussi courageux d'ailleurs que « High Noon », soit foncer tête baissée dans le baroque grandiloquent comme Samuel Fuller le fera dans « Quarante tueurs (Forty Guns) » (1957). Cette trop grande disparité stylistique, de la fadeur à l'artifice, nuit grandement au film : rigorisme et modernité ne font pas forcément bon ménage au sein d'un même film.
Quant à l'idée de départ, elle était plus qu'honorable mais malheureusement l'écriture est malhabile, le scénario trop didactique (nous avons le droit dès le début à une parabole) au travers d'une histoire que raconte un habitant (sur ce qui va arriver par la suite, comme si nous n'étions pas capable de le comprendre sans cette explication) et pesant, notamment au travers de son découpage qui me semble aujourd'hui avoir horriblement mal vieilli tout comme le montage franchement démonstratif et calamiteux. Nous passons d'un lieu à l'autre, d'un personnage à l'autre sans liant, brusquement et sans apparemment avoir réfléchi à des idées de raccords (serait-ce la faute à Stanley Kramer qui y a grandement participé ? Les horloges ont-elles plus de temps de présence que n'importe quel second rôle ?)
Que nous analysions le phénomène de foule alors qu'elle devient hystérique ou au contraire qu'elle se taise et se terre par peur, le résultat est le même : un mort en résultera presque à coup sûr ! Ici nous aurons un lynchage, là un « assassinat » de celui qui est abandonné à son triste sort sans lui porter secours comme dans « Le train sifflera trois fois (High Noon) » (1952).
Qu'il n'y a pas plus de courage à montrer une foule silencieuse et lâche qu'une foule prise dans l'engrenage de la violence, et qu'il faut peut-être un peu minimiser la réputation du film de Zinnemann quant à sa hardiesse polémiste comme si elle n'avait jamais eu de précédent.
Nombre de bien-pensants s'est aussi extasié sur le déroulement de l'histoire en temps réel avec unité théâtrale de lieu : souvenons-nous qu'il y eut quand même des exemples autrement plus puissants dramatiquement parlant : « Nous avons gagné ce soir (The Set-Up) » (1950), film de Robert Wise, et dans le domaine du Western, « La Cible humaine (The Gunfighter) » (1950) d'Henry King, bien plus passionnant et surtout émouvant, où « High Noon » ne parvient pas à nous faire vibrer pour son héros dont nous nous demandons durablement pourquoi il n'a pas obéi aux conseils de s'en aller loin d'ici aux côtés de sa chère et tendre épouse ?
La thématique est néanmoins intéressante, nous ne pouvons le nier : le vieux professionnel intègre lâché par ses concitoyens pusillanimes, veules et mesquins, qui lui préconisent de partir de la ville pour faire fuir dans le même temps les hommes qui sont à ses trousses, faisant par la même occasion déplacer la violence dans un autre endroit. Un homme honnête et intransigeant se retrouvant seul face aux habitants d'une ville en proie à l'angoisse, ces derniers prêts à tout pour retrouver la tranquillité y compris sacrifier le représentant de la loi qu'ils avaient eux-mêmes élu pour avoir quelques années plus tôt réussi à instaurer la paix dans ce même patelin. Si j'ai été aussi réaliste envers ce film, c'est aussi en raison de sa réputation et également parce que « Le train sifflera trois fois (Hig Hoon) » (1952) avait tout pour plaire. Malgré l'ennui qui ne quitte presque pas le film une seule minute, il est possible de puiser quelques motifs de réjouissance même s'ils furent bien frugaux : quelques secondes assez touchantes lors du mariage (notamment la complicité qui lie les deux époux et leurs sourires de connivence) et surtout le splendide mouvement de grue ascendant qui isole Gary Cooper au milieu des rues de la ville désertée. Sans cela, « High Noon » reste un Western hiératique, sentencieux, mécanique et parfois anémié, incapable de gérer un rythme.
Après « High Noon », d'autres Westerns ont vu le jour qui ont abordé d'une manière détournée le maccarthysme, de façon moins solennelle et surtout beaucoup plus forts sur le plan dramatique comme « Quatre étranges cavaliers (Silver Lode) » (1954) d'Allan Dwan ou « Johnny Guitare (Johnny Guitar) » (1954) de Nicholas Ray. Des histoires assez approchantes donnèrent également lieu à de petites pépites : « Le Cavalier traqué (Riding Shotgun) » (1954) d’André De Toth ou « Ville sans loi (Lawless Street) » (1955) de Joseph H. Lewis et à d'autres : « 3H10 pour Yuma (3:10 pour Yuma) » (1957) de Delmer Daves ou « Décision à Sundown (Decision at Sundown) » (1957) de Budd Boetticher. Il est permis aussi de lui préférer son remake version science-fiction : « Outland (1981) » de Peter Hyams avec Sean Connery. Mais nous nous égarons dans le futur. Revenons-en à l'année 1952 pendant laquelle il fut néanmoins très bon de trouver sur les écrans américains, en pleine chasse aux sorcières, un Western libéral.
**Pour les seconds rôles, nous retrouvons une pléiade d'acteurs** :
• Thomas Mitchell : « La Chevauchée fantastique (Stagecoach) » (1939) de John Ford ; « La vie est belle (It's a Wonderful Life) » (1946) de Frank Capra.
• Lloyd Bridges : « Le Passage du canyon (Canyon Passage) » (1956) de Jacques Tourneur ; « Le Faiseur de pluie (The Rainmaker) » (1956) de Joseph Anthony.
• Katy Jurado : « La Lance brisée (Broken Lance) » (1954) de Edward Dmytryk ; « Le Sorcier du Rio Grande (Arrowhead) » (1953) de Charles Marquis Warren.
• Lee Van Cleef : « Et pour quelques dollars de plus (Per qualche dollaro in più) » (1965) de Sergio Leone ; « Le Bon, la Brute et le Truand (Il buono, il brutto, il cattivo) » (1966) de Sergio Leone.
_D'après Erick Maurel, le 01 septembre 2012 publié sur « dvdclassik.com »_